À quelques pas des rues animées de Bordeaux, un drôle de fantôme romain se cache entre les façades. Avec ses arches de pierre et ses vestiges à ciel ouvert, le Palais Gallien semble avoir traversé les siècles sans jamais vraiment livrer tous ses secrets. Ancien amphithéâtre de Burdigala, il fut autrefois le théâtre de spectacles grandioses. Mais derrière ses pierres se cachent aussi des histoires de sorcières, de trésors et de messes noires. Alors, que s’est-il vraiment passé entre ces murs ?
Un palais qui n’en est pas vraiment un
Ne vous fiez pas à son nom : le Palais Gallien fut en réalité un amphithéâtre romain. Construit au IIe siècle, il constitue aujourd’hui l’un des témoignages les plus anciens de la présence romaine à Bordeaux. Ses dimensions donnent une idée du spectacle qui devait s’y jouer : environ 130 mètres sur 110 qui accueillaient près de 20 000 spectateurs.
Combats de gladiateurs, affrontements avec des animaux et représentations animaient ainsi l’arène et la cité. Aujourd’hui, il ne reste qu’une partie de l’imposante construction. Pourtant, ses arches et ses murs de calcaire suffisent à imaginer l’ampleur du monument.
De carrière publique à site protégé

Le Palais Gallien n’a pas toujours été le paisible vestige que l’on connaît aujourd’hui. Quelques décennies seulement après sa construction, l’amphithéâtre est ravagé et incendié lors des invasions franques. Au Moyen Âge, le site est progressivement abandonné et disloqué et ses pierres récupérées pour construire d’autres bâtiments.
La Révolution française marque une nouvelle étape dans cette histoire mouvementée. L’amphithéâtre devient une carrière publique et son terrain est vendu par lots. Deux nouvelles rues traversent même les vestiges en 1792. Les ruines échappent finalement à une disparition totale. En 1800, le préfet Antoine Thibaudeau prend un arrêté pour les protéger. Une décision essentielle pour permettre à Bordeaux de conserver ce précieux fragment de son passé antique.
Sorcières, trésor et autres légendes
Mais le plus fascinant se trouve peut-être dans les histoires que le Palais Gallien a inspirées. Car pendant des siècles, ses ruines isolées ont nourri les imaginaires bordelais.
La première énigme concerne son nom. Au Moyen Âge, on raconte que ces vestiges seraient ceux d’un palais construit par Charlemagne pour son épouse Galiène, personnage pourtant absent de l’histoire officielle de l’empereur. Au XVIe siècle, les érudits pensent que le monument aurait été associé à Gallien, empereur romain du IIIe siècle. Officiellement, les origines exactes de son nom ne sont toujours pas connues à ce jour.
Pendant longtemps, les ruines traînent une réputation sulfureuse. Duels, marginaux et prostituées fréquentent les alentours. Peu à peu, les rumeurs évoquent des sabbats et des messes noires organisés dans les ruines. La légende raconte même que sorciers et sorcières s’y retrouvaient la nuit, après avoir traversé les airs sur des animaux ou des balais. Un mystérieux trésor aurait également été caché quelque part sous les pierres. Il n’a jamais été retrouvé.
Quelques monnaies antiques, notamment attribuées à Gallien, Postume et Tétricus, ont toutefois été découvertes sur le site. De quoi entretenir encore un peu le mystère…
Informations pratiques :
📍 126 Rue du Docteur Albert Barraud, 33000 Bordeaux
🎫 Accès libre : observable depuis la rue du docteur Albert-Barraud et la rue du Colisée