Derrière ses grilles, le cimetière de La Chartreuse cache bien plus que des sépultures. Avec ses allées arborées, ses chapelles et ses statues, ce vaste espace de Bordeaux ressemble presque à un parc. Pourtant, avant d’accueillir les défunts, le lieu abritait un couvent installé sur d’anciens marécages. Une histoire mouvementée qui a façonné l’un des sites patrimoniaux les plus singuliers de la ville.
Des marécages au cimetière

Au début du XVIIe siècle, le quartier n’est qu’un vaste marécage. En 1610, le cardinal-archevêque François de Sourdis contribue à l’installation des Chartreux sur ces terrains : un couvent et ses jardins y prennent alors place.
En 1791, la Ville récupère les terrains religieux pour créer un nouveau cimetière. Ses 16 hectares, son emplacement éloigné des habitations tout en restant proche du centre pour faciliter le transport offrent une solution parfaite. Le cimetière est aménagé au début du XIXe siècle, puis s’agrandit au fil des décennies. Aujourd’hui, ses 26 hectares forment une véritable parenthèse de calme au cœur de Bordeaux.
Un musée à ciel ouvert entre tombeaux et jardins
En franchissant l’ancien portail du couvent, classé Monument historique depuis 1921, on découvre un patrimoine funéraire d’une étonnante diversité. Pyramides inspirées de l’Égypte ancienne, chapelles néogothiques, temples antiques et groupes sculptés…Certains monuments impressionnent par leurs dimensions, d’autres par la finesse de leurs détails.
Le cimetière abrite aussi les sépultures de personnalités marquantes. L’écrivaine et militante féministe Flora Tristan y repose, tout comme Charles-François Delacroix, père du peintre Eugène Delacroix. Un cénotaphe rend également hommage à Francisco Goya, mort à Bordeaux en 1828. Son corps a ensuite été transféré en Espagne, mais sa mémoire demeure attachée à la ville.
Autre curiosité : un petit temple d’inspiration antique conserve le cœur du général Jean-Victor Moreau, adversaire de Napoléon Ier. Sans oublier de mentionner l’impressionnante statue de la Grande Faucheuse qui orne le tombeau de Jean Catherineau.
La Chartreuse n’est pourtant pas figée dans le passé. Ses allées bordées de tilleuls et d’ifs offrent un refuge à la biodiversité. La gestion écologique du site favorise la faune et la flore, tandis qu’un columbarium et un jardin du souvenir, inaugurés en 2023, témoignent de l’évolution des pratiques funéraires.